Comment recueillir les souvenirs de ses parents : enregistrer, filmer, faire écrire
Un jour, on se rend compte que les souvenirs de ses parents n’existent nulle part. Ils sont dans leur tête, racontés à moitié à des repas de famille, jamais les mêmes d’une fois sur l’autre, et personne ne les a notés. Recueillir les souvenirs de ses parents, c’est décider, avant qu’il ne soit trop tard, de leur donner une forme qui reste.
Il existe cinq façons de le faire. Chacune a ses avantages et ses limites, et elles ne s’excluent pas. Voici ce qu’il faut savoir avant de choisir.
1. L’entretien enregistré
Comment. Un téléphone ou un enregistreur sur la table, une liste de questions, une heure à la fois. On enregistre la voix seule, sans image.
Ce que ça garde. Le timbre, l’accent, les hésitations, le rire avant la réponse. C’est la chose que l’on regrette le plus quand elle n’est plus là, et la plus simple à capter.
Ses limites. Les fichiers audio ne se relisent pas : on ne retrouve pas une réponse sans réécouter une heure. Ils se perdent avec le téléphone, changent de format, dorment dans un dossier. Il faut les nommer, les dater et les copier ailleurs, tout de suite.
2. La vidéo
Comment. Le même entretien, filmé. Un trépied, la lumière d’une fenêtre, le parent assis dans son fauteuil habituel.
Ce que ça garde. Le visage, les mains, le décor de la maison, ce qui s’en ira aussi.
Ses limites. Beaucoup de parents se figent devant une caméra et répondent plus court. Le montage est un travail, et une vidéo brute d’une heure, personne ne la regarde deux fois. C’est un beau complément, rarement un bon point de départ.
3. Le biographe professionnel
Comment. Un écrivain rencontre le parent sur plusieurs séances, transcrit, réécrit, et livre un livre imprimé. Plusieurs entreprises proposent ce service en France.
Ce que ça garde. Un récit construit, lisible d’un bout à l’autre, avec des photographies. C’est la forme la plus aboutie.
Ses limites. Le prix, de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros selon le nombre d’heures. Et la voix du livre est celle du biographe, pas celle du parent : les mots ont été choisis par quelqu’un d’autre, l’écriture n’est pas la sienne.
4. Le carnet libre
Comment. On offre un beau carnet vierge et un stylo en disant « écris ta vie ».
Ce que ça garde. Tout ce que le parent décide d’écrire, dans ses mots et de sa main.
Ses limites. La page blanche. Presque personne ne sait par où commencer une vie, et le carnet reste dans un tiroir avec trois pages remplies. Sans questions, la mémoire ne vient pas ; elle répond, elle ne se déclenche pas seule.
5. Le livre à remplir
Comment. Un livre déjà imprimé pose les questions, dans l’ordre d’une vie, et laisse la place pour écrire. Le parent y répond à son rythme, une question par soir ou un chapitre par dimanche.
Ce que ça garde. Les réponses, dans son écriture, rangées par période, relisibles en un instant dans cinquante ans. Et, avec les bonnes questions, des choses qu’il n’aurait jamais pensé à raconter seul.
Ses limites. Le livre ne garde pas la voix, sauf s’il est prévu pour cela. Et la qualité dépend entièrement des questions : trop courtes, trop générales, et le livre reste à moitié vide.
Ce que nous avons choisi
Berçane fabrique un seul objet : un livre à remplir en quatre éditions, Maman, Papa, Mamie et Papy, intitulé Ce que je ne t’ai jamais raconté. Il tient compte des limites ci-dessus. Les questions sont nombreuses, 257 pour un parent, 254 pour un grand-parent, numérotées et réparties en onze chapitres, de ses grands-parents jusqu’à ce qu’il a compris en chemin, pour que la mémoire ait toujours une porte où entrer. Le texte est accordé à la personne : une grand-mère n’a pas mis au monde celle ou celui qui lui offre le livre, et son chapitre VIII a été réécrit en conséquence.
Et parce que l’écriture ne garde pas la voix, une page du livre est prévue pour elle : on enregistre le parent, on colle dans le livre le code à scanner qui mène à l’enregistrement, et la voix se range avec le reste. Les deux méthodes qui comptent le plus, écrire et enregistrer, tiennent dans le même objet. Vous pouvez feuilleter le livre chapitre par chapitre avant de vous décider.
Par où commencer, concrètement
- Enregistrez dès ce week-end une première conversation, même de dix minutes. Ne cherchez pas la méthode parfaite avant.
- Choisissez ensuite le support qui restera : livre à remplir, biographe, ou les deux.
- Posez les questions par période, de l’enfance à aujourd’hui. Une chronologie donne à la mémoire l’ordre qu’elle a perdu.
- Ne corrigez rien. Une date fausse racontée avec conviction vaut mieux qu’une date juste et un silence.
- Faites des copies : des enregistrements, et des pages écrites, en photographie.
Chaque livre est conçu et imprimé en France, en format A5, couverture souple ou rigide, sur un papier blanc de 90 g. Les quatre éditions existent séparément ou en packs, Parents, Grands-parents ou Famille, dans un seul envoi.